Avant les Aztèques et les Mayas, les Olmèques établirent une civilisation florissante en Mésoamérique entre 1600 et 400 avant J.-C. Le terme “olmèque” provient du terme “Olmecatl“, qui signifie “les gens du pays du caoutchouc”, tels que les Aztèques appelaient au XVIème siècle les habitants de l’Est du Mexique, le long de la côte du Golfe.
Le Musée du Quai Branly – Jacques Chirac présente jusqu’au 3 octobre 2021 une exposition sur cette civilisation brillante qui, de par sa culture, ses croyances et l’organisation de sa société, a influencé fortement les autres peuples de la région. Il est à noter que les trois quarts des trois cents pièces exposées ici n’avaient jamais été montrées en Europe et certaines sont considérées comme des oeuvres majeures de l’art olmèque.
Les visiteurs sont accueillis par le ‘Seigneur de las Limas‘ (voir plus bas), avant de se retrouver devant un alignement de quatre statutes monumentales, représentant deux félins et deux personnages assis se faisant face. Ces figures proviennent du promontoire d’El Azulzul, associé au site de San Lorenzo (un des plus importants, avec celui de La Venta, où ont été trouvés des vestiges de la civilisation Olmèque) et seraient liées à un mythe relatif à l’origine du monde qui racontent comment deux jumeaux auraient affronté deux dieux de l’inframonde (les deux félins), monde souterrain de la Mort chez les différents peuples de la Mésoamérique.



Les têtes colossales olmèques sont peut-être les oeuvres les plus connues du grand public. La première de ces têtes a été découverte en 1862 sur le site de Tres Zapotes, mais il a fallu attendre la fin des années 1930 et les fouilles de l’anthropologue américain Matthew W. Stirling, qui permettront de faire connaître la civilisation Olmèque et ses sculptures monumentales, pour en confirmer l’origine. On en compte aujourd’hui 17 officiellement reconnues. Des dirigeants olmèques ou des joueurs de balle (le jeu de balle était un sport rituel très important chez les peuples mésoaméricains) ? La signification de ces sculptures reste à ce jour inconnue.
Hergé s’en est inspiré dans l’album de Tintin ‘Vol 714 pour Sidney‘ avec, pour les traits du visage, les statues tiki de l’île d’Hiva Oa aux Marquises – voir ci-dessous.



Le ‘Seigneur de Las Limas‘ est une sculpture en serpentine, de 55 centimètres de haut, une des plus grandes statues taillées dans cette pierre dure. Elle fut découverte fortuitement par deux enfants le 16 juillet 1965, sur le site de La Limas. Du fait que la statuette semble tenir un nouveau-né dans ses bras, celle-ci fut vénérée par les villageois comme une Vierge à l’enfant, posée sur un autel dédié à la Vierge de Guadalupe. Après de difficiles négociations, les archéologues obtinrent que l’oeuvre soit transférée au musée d’Anthropologie de Xalapa … avant qu’elle ne soit volée au milieu de la nuit en octobre 1970, puis retrouvée un an et demi plus tard dans un motel à San Antonio, au Texas 1.
Le personnage masculin qui pourrait être un prêtre ou un dignitaire, a le visage marqué par des motifs complexes. Assis en tailleur, il tient dans ses bras un bébé-jaguar, une figure très présente dans l’iconographie olmèque, aux traits à la fois humains et félins (voir également les statues de ‘félins assis’ plus haut), qui symbolise le monde chtonien et nocturne.

Une autre oeuvre marquante de l’exposition est cette statue d’adolescent huastèque – une civilisation originaire de l’état de Veracruz, qui a connu son apogée entre la chute de Tehotihuacan et l’essor de l’Empire Aztèque – découvert sur le site de Tamohi en 1917 et qui appartient au Museo Nacional de Antropología de Mexico.
Entièrement nu, le corps recouvert de tatouages, c’est la présence sur son dos d’un autre petit personnage, la tête renversée qui semble fixer le spectateur, qui intrigue le plus. La statue représenterait un jeune prêtre du dieu Quetzalcóatl, ou le Dieu lui-même, qui porterait un enfant symbolisant le soleil.
Une autre interprétation proviendrait d’une légende ancienne des Totonaques du Nord (un peuple contemporain des Aztèques qui vivaient dans les états de Veracruz et Puebla) : ce personnage évoquerait un jeune dieu du maïs qui serait aller chercher son père mort dans le monde souterrain, pour le ressusciter et l’amener, en vain, à partager sa vie sédentaire et agricole, mais ce dernier préféra retourner dans l’inframonde2.



Les figures de type ‘Babyface‘, qui représentent des personnages nus assis, joufflus et potelés, les jambes écartées et au nombril marqué, constituent un corpus répondu chez les Olmèques et les peuples alentours. Offrandes aux dieux ou figurines rituelles liées à la fertilité, leur signification prête à débat parmi les spécialistes.
Le ‘Lutteur‘ quant à lui témoigne de la puissance et de la sobriété de l’art olmèque. Mais cette statue en basalte découverte en 1933, a aussi été sujette à plusieurs controverses liées à son authenticité, la dernière en 2006, avant qu’une étude archéologique en 2007 vienne confirmer son origine. Vêtu d’un simple pagne, sa position les bras relevés et écartés du corps a valu à cette sculpture le surnom de ‘lutteur’, mais l’ethnologue français Jacques Soustelle penchait plutôt pour la représentation d’un joueur de balle.3





Les offrandes et les sacrifices faisaient partie intégrante des civilisations mésoaméricaines. La stèle de Huilocintla représente un dignitaire se perforant la langue, avec à ses pieds une petite créature zoomorphe qui semble recueillir le sang de l’autosacrifice.
Cet impressionnant groupe de 101 haches rituelles (dont une sculptée) ou cet émouvant ensemble de 16 figurines et 6 haches, témoignent également de l’importance des offrandes chez les Olmèques, qui leur permettaient de s’accorder les faveurs des dieux.



Il ne serait pas tout à fait exact de parler d'”une” civilisation Olmèque unique, bien définie dans le temps et l’espace, mais plutôt d’un ensemble de groupes vivant le long de la côte du Golfe du Mexique, parlant parfois des langues différentes, mais partageant des croyances et une organisation communes où de puissantes élites se posaient en tant qu’intermédiaires entres les hommes et les dieux. Le rayonnement de cette civilisation se fit également via l’écriture et le calendrier que les Olmèques furent les premiers à introduire dans cette partie du globe.





L’exposition se clôture avec cette énigmatique statue de femme, marquée de scarifications, surnommée la “Vénus de Tamtoc” et qui a été retrouvée sur un site Huastèque. D’après Steve Bourget, commissaire associé de l’exposition : “datée de 200 de notre ère, la statue a été volontairement brisée et les fragments ont été placés au fond d’un bassin aménagé pour capter une source. Mille ans plus tard, une grande dalle sculptée a été installée sur le bord du bassin. Sa représentation dans l’exposition (voir ci-dessous), permet de montrer la scène sculptée : un rituel de décapitation comprenant une femme debout au centre dont la tête est remplacée par un crâne ou peut-être un masque ; elle récupère dans ses mains les flots de sang qui jaillissent du cou décapité des deux autres femmes qui l’entourent. L’ensemble ainsi reconstitué était sans doute en lien avec des cultes de l’eau, de la fertilité et de la fécondité.”4


Exposition “Les Olmèques et les cultures du Golfe du Mexique”, du vendredi 9 octobre 2020 au dimanche 3 octobre 2021
Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, 37 Quai Branly, 75007 Paris
Crédits photos : @elegantinparis, sauf mention contraire.
Références :
1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Seigneur_de_Las_Limas
2 4 Interview de Steve Bourget, commissaire associé de l’exposition, Jokkoo #37 – Les Amis du musée du Quai Branly – Jacques Chirac, hiver 2020
3 ‘Les Olmèques et les cultures du Golfe du Mexique’, Connaissance des Arts, hors-série n°912, 4ème trimestre 2020