Christie’s – Collection Michel Périnet

Le 23 juin dernier, Christie’s a procédé à la vente très attendue de la collection Michel Périnet. Les 61 lots d’art africain et océanien (et quelques oeuvres des Amériques et d’Indonésie) ont tous été attribués, battant plusieurs records, pour un total de 66 millions d’euros, alors que la fourchette d’estimation était comprise entre 19 et 23 millions d’euros.

Joaillier et antiquaire, Michel Périnet (1930-2020) était reconnu comme un spécialiste de l’art nouveau (René Lalique, Georges Fouquet ou Henri Vever), mais aussi d’art déco, notamment dans sa boutique de la rue Saint-Honoré pendant 25 ans, de 1980 à 2005. Sa passion pour les arts premiers débuta elle, en 1967, un peu par hasard, dans une salle de ventes de Londres, où il se porta acquéreur d’un masque Kota du Gabon pour lequel il eut un coup de foudre1.

Lors de l’exposition d’avant-vente, les lots étaient accompagnés d’oeuvres d’art du XXème siècle proposées à la vente la semaine suivante, le 30 juin (Picasso, Pierre Soulages, Lucio Fontana ou Kazuo Shiraga).

Trois lots exceptionnels ont marqué la vente, atteignant des montants jamais vus pour de telles oeuvres :

  • Un masque Luba (République Démocratique du Congo) vendu pour 7.2 millions d’euros : appartenant autrefois à la collection Odette (1925-2012) et René (1901-1998) Delenne, ce masque dit “d’homme-fauve” du peuple Luba pouvait servir lors de rite d’initiation, même si les sources sont rares quant à sa fonction exacte2 ;
  • Une tête Fang (Gabon) vendue pour 7.7 millions d’euros : quand on évoque les têtes d’ancêtre Fang, on pense à celle de la magnat des cosmétiques et collectionneuse Helena Rubinstein, exposée en 1935 à l’exposition ‘African Negro Art’ au MoMA de New York, et plus récemment, en 2019/20 au musée du Quai Branly-Jacques Chirac. L’année dernière, Sotheby’s New York a vendu une tête Fang-Betsi de la collection Sydney & Bernice Clyman pour 3.5 millions de dollars3. Celle que détenait Michel Périnet a pour particularité d’avoir appartenu au peintre Maurice de Vlaminck et apparaît accompagnée de deux autres sculptures de l’art Fang (propriétés d’André Derain et de Jacob Epstein) sur une photo prise en 1930 au Palais des Beaux-arts de Bruxelles par la photographe Germaine Van Parys.
  • Un masque des Îles Mortlock (Îles Carolines) vendu pour 9.2 millions d’euros : on ne trouve pas de masque chez les Polynésiens ni les Micronésiens, sauf dans l’archipel des Mortlock, dans les Carolines centrales. Ces masques étaient sortis lors de cérémonies saisonnières au cours desquelles des danses rituelles permettaient d’écarter les typhons et de favoriser les récoltes4. Ce masque a été collecté in situ en 1877 par un Allemand, Johan Kubary (1846-1896), qui a vécu en Micronésie, avant d’être envoyé à un musée à Hambourg, puis à Dresde5.
Germaine Van Parys, Palais des Beaux-arts de Bruxelles, 1930 (c)akg-images, à gauche la tête Fang de Maurice de Vlaminck/Michel Périnet

La collection de Michel Périnet comportait un ensemble impressionnant de chefs d’œuvres d’art africain. Un masque d’épaule Nimba Baga (Guinée) – tel celui exposé au Pavillon des Sessions au Louvre -, un élégant cimier Ci Wara Bamana (Mali) ou un impressionnant oiseau Sénufo (Côte d’Ivoire) d’1.66m, l’exposition proposait des exemples magnifiques des différents corpus d’Afrique de l’Ouest et Equatoriale.

L’art océanien occupait également une place très importante dans la collection du joaillier-antiquaire. Outre le masque des Îles Mortlock déjà mentionné, quatre objets exceptionnels de l’Île de Pâques étaient proposés :

  • une énigmatique statue d’homme-lézard Tangata Moko – estimée entre 200 et 300 000 euros, elle a été vendue à 1,8 millions d’euros,
  • une pagaie de danse Rapa ayant trouvée acquéreur pour 1,8 millions d’euros – à noter qu’une pagaie similaire avait été vendue par Sotheby’s à Paris en 2019 pour sensiblement le même prix6,
  • une statue Moai Kavakava, vendue 1,7 millions d’euros – à rapprocher de celle de James T. Hooper (1897-1971) vendue 850 000 euros en 2019 par Christie’s Paris7,
  • et un pectoral Rei Miro, acheté 812 000 euros, soit un peu plus du double de son estimation haute.

A noter également la présence de deux statues Ulis de Papouasie Nouvelle-Guinée, un de type lembankakat lavatlas et un autre de type evorok-moanu, surnommés “ulis noirs” en raison de l’épaisse couche de suie noire qui les recouvre, tous deux originaires du nord du pays Mandak8.

Pour terminer, mentionnons les quelques objets d’art indonésien et américain exposés, et notamment ce magnifique masque Yup’ik d’Alaska, dont le centre représente un esprit animal.

Sources :

1 https://www.gazette-drouot.com/article/michel-perinet-et-les-choses-de-la-vie/12859

2 5 8 ‘Collection Michel Périnet’, catalogue de la vente du 23 juin 2021, Christie’s

3 Vente ‘African Art from the Collection of Sidney and Bernice Clyman’, 30 juin 2020, Sotheby’s New York

4 ‘Vision d’Océanie’, Vincent Bounoure, éditions Dapper

6 Vente ‘Oceania’, 4 décembre 2019, Sotheby’s, Paris

7 Vente ‘Arts d’Afrique, d’Océanie et d’Amérique du Nord’, 10 avril 2019, Christie’s, Paris

Crédits photos : @elegantinparis, sauf mention contraire.

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