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Depuis le 5 octobre 2022 et jusqu’au 27 février 2023, la Fondation Louis Vuitton met en regard des œuvres de deux artistes majeurs de l’art moderne : Claude Monet (1840-1926) et Joan Mitchell (1925-1992).
Quatre ans après l’exposition “Nymphéas. L’abstraction américaine et le dernier Monet” au Musée de l’Orangerie en 2018, et alors qu’en 1955 le MoMA décidait d’acquérir ses Nymphéas, la Fondation remet en lumière l’influence des derniers tableaux peints par Claude Monet sur les expressionnistes américains d’après-guerre, et sur Joan Mitchell en particulier.
En couverture : ‘La ligne de rupture’ (1970-71), Joan Mitchell




Rétrospective Joan Mitchell
En guise d’introduction, la Fondation propose une rétrospective de l’artiste américaine. De ses premières toiles abstraites peintes à New York dans les années 50, à ses années passées en France où elle vécut jusqu’à la fin de sa vie, Joan Mitchell représente un lien entre l’expressionnisme abstrait américain et l’abstraction lyrique européenne.
Après plusieurs allers-retours entre les Etats-Unis et la France dans les années 50, elle s’installe tout d’abord à Paris en 1959, rue Frémicourt dans le 15ème arrondissement, avant d’acquérir en 1967 une propriété à Vétheuil, dans le Vexin, surplombant la maison où avait vécu Claude Monet durant trois années.
Influencée par les paysages de la Seine et la nature environnante, elle y développe son style, parfois sur deux ou trois panneaux, empreint de ses « feelings », mêlant sentiments et souvenirs, des paysages de son Michigan natal à la terrasse de sa maison de Vétheuil.






Exposition Monet – Mitchell
Lors d’une interview donnée au critique Irving Sandler en 1957, Joan Mitchell déclarait : “J’aime le Monet de la fin, mais pas celui des débuts“. Alors diminué par des problèmes de vue dans ses dernières années, les contours des formes disparaissent peu à peu et Monet se focalise sur la lumière et les couleurs qui lui permettent d’exprimer ses sensations, dans des grandes toiles qui peuvent tendre à certains égards vers l’abstraction.
‘Sensations’ chez le Français, ‘feelings’ chez l’Américaine : les deux artistes ont ainsi puisé leur inspiration dans les reflets de l’eau et les paysages des bords de Seine (pour Mitchell) ou du jardin de Giverny et de son bassin (pour Monet) afin de dépeindre leurs émotions par de multiples touches colorées.

‘Nymphéas, harmonie en bleu (1914-17)
Claude Monet










Si le Musée Marmottan Monet qui est partenaire de l’exposition, prête plusieurs de ses oeuvres, et le Musée d’Orsay a accepté de confier temporairement ses ‘Nymphéas bleus‘, de nombreux tableaux de collections privées sont également exposés.
Les dernières salles permettent de clore l’exposition avec trois ensembles exceptionnels :
- ‘Edrita Fried‘ (1981), un quadriptyque monumental qui évoque la psychanalyste et amie de Joan Mitchell, décédée la même année (Joan Mitchell Foundation, New York) ;
- Le triptyque de ‘L’agapanthe‘ (1915-1926) fait partie des Grandes Décorations (1914-1926) qui ont occupées Claude Monet à la fin de sa vie. Les trois panneaux sont d’habitude conservés dans trois musées américains différents (le Cleveland Museum of Art, le Saint Louis Art Museum et le Nelson-Atkins Museum of Art de Kansas City), il est d’autant plus rare de les voir de nouveau réunis ;
- Enfin, la dernière salle regroupe dix toiles de la série La Grande Vallée, sur les vingt-et-un tableaux présentés par Joan Mitchell en 1984, dont le triptyque ‘La Grande Vallée XIV (For a Little While)‘ exposé habituellement au Centre Pompidou.





Crédits photos : @elegantinparis