Rétrospective Germaine Richier au Centre Pompidou

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Moins connue du grand public qu’Alberto Giacometti, Germaine Richier (1902-1959) n’en demeure pas moins une valeur sûre chez les collectionneurs d’art moderne et une artiste majeure de la sculpture du vingtième siècle. Le Centre Pompidou lui consacre une rétrospective du 1er mars au 12 juin 2023, puis du 12 jullet au 5 novembre 2023 au musée Fabre de Montpellier qui organise conjointement l’exposition.

Apprentissage chez Bourdelle

D’origine provençale et après avoir étudié à l’Ecole des Beaux-Arts de Montpellier, Germaine Richier monte à Paris en 1926, à l’âge de 24 ans. Elle travaille dans un premier temps chez le sculpteur Robert Coutin, ancien élève d’Auguste Rodin spécialisé dans la sculpture religieuse sur bois, avant de rejoindre l’atelier d’Antoine Bourdelle qui deviendra son mentor jusqu’à sa mort en 1929. Dans ses premières sculptures, on retrouve l’héritage de Rodin et de Bourdelle, que ce soit dans ses bustes ou ses recherches sur la posture et le mouvement.

L’Orage (1947-1948)(à gauche) ; L’Ouragane (1948-1949)(à droite)

Un art brut

C’est durant la Seconde Guerre Mondiale, qu’elle passe en exil en Suisse, à Zurich, que son style va s’affirmer, aboutissant à la création de ses œuvres d’après-guerre pour lesquelles elle est connue aujourd’hui.

Ses sculptures deviennent ainsi plus brutes, plus rugueuses, comme écorchées (un rendu qu’on retrouve par exemple chez Alberto Giacometti, qui fréquenta lui aussi l’atelier d’Antoine Bourdelle). On pense notamment à “L’Orage” et à son pendant féminin “L’Ouragane” , deux figures massives qui évoquent tout à la fois un sentiment de puissance et de sérénité, et qui font tous deux partie des collections du Centre Pompidou.

La Sauterelle (1955-1956)

Êtres hybrides

Avec “La Chauve-Souris” , “La Sauterelle” ou “La Mante” , on retrouve une autre caractéristique des œuvres de Germaine Richier qui se plait à mêler figure humaine et animale. Monde animal, mais aussi végétal et minéral, c’est la nature en général qui l’inspire, tel ce bloc de brique et de ciment poli trouvé lors d’une promenade à Varengeville-sur-Mer, qu’elle creuse pour lui donner la forme de la tête de son “Berger des Landes” .

La Chauve-souris (1946)
La Montagne (1955-1956)

Matériaux

Avec la “Chauve-Souris” , Richier utilise pour la première fois la filasse au sein du plâtre qui recouvre l’armature de fer, afin d’accentuer l’effet déchiré des ailes de son être hybride.

Les sculptures à fils sont un autre exemple de ses recherches menées pour introduire d’autres matériaux dans sa sculpture. Ainsi, les fils métalliques permettent d’apporter une géometrisation à ses œuvres, que ce soit la lance de son “Don Quichotte”, le jouet de son “Diabolo” ou les fils dans lesquels s’emmêle son “Griffu” .

Le Christ d’Assy

En 1950, l’église Notre-Dame-de-Toute-Grâce sur le Plateau d’Assy en Haute-Savoie passe commande auprès de l’artiste d’un crucifix qui aura une histoire assez mouvementée. Un an après son installation, sous la pression du Vatican et de groupes catholiques traditionalistes qui trouvent ce Christ décharné “blasphématoire”, l’œuvre est retirée et remisée à l’abri des regards. Il faudra attendre 1969, soit dix ans après la mort de l’artiste, pour que le crucifix reprenne sa place au sein de la paroisse.

Couleurs et dernières oeuvres

Durant les années 50, Germaine Richier poursuit ses travaux sur les matériaux et expérimente la couleur, comme avec cette “Croix avec verres de couleurs”, réalisée en plomb incrusté de morceaux de verre jaune et bleu, pour l’église de Breteuil dans l’Oise mais qui ne sera finalement pas retenue par la commune. Affaiblie par la maladie, elle se consacre à la peinture de ses sculptures durant les derniers mois de sa vie, “L’Échiquier, grand” constituant sa dernière œuvre majeure, avant de s’éteindre en 1959.

L’Échiquier, grand (1959)

Crédits photos : @elegantinparis

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